Le bonheur, par Joujou Turenne.  D'origine haïtienne, Joujou Turenne pense, vit et vibre au rythme de cette planète qui tantôt fait rire, tantôt porte à réfléchir.

Extrait du recueil: Québec, Légendes... et conteurs

 

 

Le bonheur 

I

Il était une fois un homme. Cet homme n’était ni riche ni pauvre, ni grand ni petit, ni gros ni maigre, ni intelligent ni sot ! Et cet homme n’était ni heureux ni malheureux, au point où vous lui  auriez demandé : « Monsieur, êtes-vous heureux ou malheureux? » qu’il vous aurait dit :

Hmmm… bonne question !

Alors, à force de se faire demander : « Êtes-vous heureux ou malheureu? », il entreprit de chercher le bonheur : « Il a cherchééééééé. Et comme il n’a pas trouvé, il a quitté sa case et il a marché. Il a marché un jour, il a marché deux  jours, il a marché trois jours, il a marché vingt jours !... et moi, je vous fais marcher dans l’histoire !

Toujours est-il, messieurs, dames, société, qu’au bout de vingt  jours, l’homme qui n’était ni riche, ni pauvre, ni grand ni petit, ni gros ni maigre, ni intelligent ni sot, ni heureux ni malheureux, est tombé d’épuisement et s’est affaissé dans le creux d’un arbre.  Et il a fait un rêve où il a vu Grambwa en personne. Grambwa était maigre comme un fil. Et il était GRAAANND, plus grand que les arbres ! Si vrai que, lorsque vous vous perdez dans les bois, c’est maître Granbwa qui vous aide à retrouver votre chemin.

Grambwa s’était fait pousser une LOONNGUE barbe, qui faisait trois fois le tour de sa taille. Dès lors, il fredonna à l’homme :

Tu viens dans les bois

Pour cherchez le bonheur

Mais en arrivant

Voilà tu t’es perdu

Moi, Grambwa, je pourrais t’aider.

En te réveillant, tu verras

Au pied de cet arbre, un rocher,

Lequel rocher tu devras déplacer.

Sous ce rocher, tu trouveras

Un moulin,

Lequel moulin il faudra ramasser.

À ce moulin, tu demanderas,

Tout ce tu voudras et tu l’obtiendras.

Mais n’oublie pas la formule:

« À la formule, les bras croisés :

Moulin, donne-moi ceci, donne-moi cela. »

Mais faut-il bien fermer la formule en disant :

« Akikongo héha héha akikongo ! »

 

Alors, après avoir tant dormi, l’homme se réveilla.

Et il s’écria en se réveillant :

-Mon Dieu ! Ai-je rêvé?

Confus, il se pinça et vérifia au pied de l’arbre. Il y avait là un rocher, lequel rocher il déplaça et, en dessous du rocher, il y avait un moulin, lequel moulin il ramassa.

 À ce moment, il dit :

-Oh ! Mais ça doit être ça, le bonheur ! Youpi ! J’ai trouvé le bonheur ! 

Puis, il retrouva son calme.

- Un moulin ! Mais non ! Un moulin ça ne peut pas être ça le bonheur ! Ah, je vais tout de même vérifier la formule. 

Alors, il s’écria : 

- À la formule, les bras croisés !

Et comme il était perdu, au point où il en avait perdu le nord, eh bien son réflexe premier

A été de dire au moulin :

 -Moulin, rends-moi à ma case. 

Aussitôt dit ! Aussitôt fait !

Arrivé devant sa case. Il se pinça, n’en croyant pas ses yeux. 

- Je suis arrivé chez-moi ! S’exclama-il. Woy  wololoy  ! Woy  woy  wololoy  !  C’est  ça, le bonheur : perdre quelque chose pour ensuite le retrouver !

Il arrêta brusquement :

-Mais non ! Ça ne peut pas être ça, le bonheur ! J’étais chez-moi, je suis parti le chercher, me voilà encore chez-moi… 

Puis il ajouta : 

-Hummm ! Maintenant que j'ai un moulin magique, je vais lui demander des pièces d’or. « À la fortune, les bras croisés.  Moulin, donne-moi des pièces d’or. » 

Aussitôt dit ! Aussitôt fait ! 

Messieurs, dames, société, ça coulait ! Il y avait de l’or… Il y avait de l’or ! 

Puis surgit de son esprit des envies soudaines qu’il n’eut qu’à demander au moulin en utilisant la formule magique. 

Ainsi demanda-t-il une grande villa, puis un château, une douce moitié pour partager ses biens, des champs de maïs, de canne à sucre à perte de vue, des hommes forts pour y travailler et bien plus encore. Chaque demande exaucée en amenait une autre. 

Heureux, vous pensez? En tout cas, il cherchait toujours. 

Mais avec la richesse sont venus le pouvoir, l’avarice, l’égocentrisme et la tête du nouveau riche s’est mise à enfler. Au point où il ne payait pas ses ouvriers qui travaillaient beaucoup trop. C’est alors qu’ils se mirent à comploter contre lui. 

-Pourquoi cet homme nous maltraite-t-il tant?  Allons voir d’où il tire sa fortune!

Le géant des travailleurs alla sur la pointe des pieds épier le nouveau riche.

L’homme était justement en train de se fabriquer d’autres pièces d’or.

Voyant cela, le gérant dit :

-Ah ! C’est le moulin. C’est là d’où vient toute cette fortune.

Il partit annoncer la nouvelle aux autres, C’est seulement après le départ de son gérant que

l’homme dit :

- Akikongo héha héha akikongo !

Le lendemain les travailleurs réussirent à prendre le moulin et s’embarquèrent sur un bateau pour la haute mer. Bientôt une violente tempête menaça l’embarcation entière. Toutes les vies furent épargnées, de même que quelques vivres, mais ils manquèrent de sel. 

Alors le gérant dit :

Pas de problème. Capitaine. Je vais vous arranger ça en deux temps, trois mouvements !

Il prit donc le moulin, l’installa et demanda du sel.

Il eut du sel.

Il y eut du sel de la cale à la cave, de la cave à la cale.

Et le gérant disait :

-Mais arrête-toi moulin. Ça suffit Arrête. 

Mais le moulin ne connaissait pas ce langage-là. Il continuait à moudre du sel, du sel, du sel, du sel !

Il y eut tant de sel que le bateau coula. Depuis ce temps, le moulin continue à moudre du sel dans le fond de la mer et c’est depuis ce temps que l’eau de mer est salée. 

Si jamais un jour vous trouvez le moulin, n’oubliez pas la formule : « À la fortune, les bras croisés. Une fois la demande exaucée, n’oubliez pas la deuxième formule : Akikongo héha héha akikongo  ! » 

 

Que ceux qui ont de l’esprit comprennent…

Que ceux qui ont du  génie saisissent…

Et que les autres cherchent LEUR définition de bonheur…

 

 

Légende extrait de ce magnifique recueil conçu et réalisé par Henri Rivard éditeur.

Une idée pour un magnifique cadeau...

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Publié le 12 Décembre 1008

Simplement pour le plaisir